Afficher du texte sur des lunettes : le point de départ.Displaying text on glasses: the starting point.
Question naïve : comment on projette du texte sur un verre de lunette ? Quatre technos optiques répondent, aucune ne gagne pour les mêmes raisons.A naive question: how do you project text onto a glasses lens? Four optical technologies answer, and none of them wins for the same reasons.
J'ai posé la question à voix haute pendant trois semaines avant de comprendre que c'était quatre questions différentes. On ne "projette" pas un écran sur un verre : on choisit une route optique. Chacune impose son facteur de forme, son prix, son usage. Voici la carte, dans l'ordre où je les ai rencontrées.
Résumé
Quatre routes, quatre verres, quatre prix. Personne ne fait tout. Tout le monde fait un choix.
Route 1 — Micro-projecteur + guide d'onde.
Un projecteur de la taille d'un dé est caché dans la branche de la lunette. Il envoie l'image dans le verre, qui est en fait un guide d'onde : une plaque de verre plat avec des réseaux de diffraction gravés à l'intérieur. La lumière rebondit sur les deux faces internes, voyage horizontalement jusqu'à l'œil, puis s'extrait devant la pupille. Le verre reste transparent. On voit le monde, avec du texte superposé.
C'est la route des Meta Ray-Ban Display, des Even Realities G1, des Google Glass Enterprise. C'est la plus chère à fabriquer (gravure nanométrique), mais c'est la seule qui donne des lunettes qui ressemblent à des lunettes.
Route 2 — Micro-OLED + prisme.
Google Glass, 2013–2015. Un prisme de plastique au-dessus de l'œil droit réfléchit l'image d'un micro-écran caché dans la branche. Première tentative grand public d'un HUD portable. Photo : D. Leveille · Wikimedia Commons · CC BY-SA 3.0
La version historique et la plus simple. Un écran micro-OLED de quelques millimètres est intégré dans la branche ; un petit prisme translucide au-dessus de l'œil renvoie l'image vers la pupille. Le prisme dépasse — on le voit, il attrape la lumière. C'est la signature visuelle des Google Glass, et c'est ce que coûte l'économie de fabrication.
Techniquement ça marche très bien. Socialement ça n'a jamais décollé. Les gens n'aimaient pas le truc qui dépasse au-dessus de l'œil. Leçon retenue par toute l'industrie.
Route 3 — BirdBath.
Nreal Light (devenu Xreal). Optique BirdBath : un micro-OLED projette vers un beam-splitter à 45° et un miroir concave. Champ de vision large, image nette, verres teintés, épais. Idéal pour regarder un film ou une console portable ; moins idéal pour sortir faire les courses. Photo : Wikimedia Commons · CC BY-SA 4.0
Un micro-OLED RGB en haut de la monture, un beam-splitter à 45°, un miroir concave face à l'œil. La lumière tombe, frappe le splitter, va au miroir, revient vers la pupille. Le miroir rend l'image "loin" : on a l'impression d'un écran de télé à deux mètres.
C'est ce qu'utilisent les Xreal Air, les RayNeo Air, les TCL NXTWEAR. La physique est facile, les composants sont standards, la couleur est fidèle. En contrepartie le verre est épais, souvent teinté, et la monture a la silhouette d'un masque. Ce sont des lunettes pour s'asseoir.
40°
Champ de vision typique en BirdBath. Versus ~25° pour un waveguide monochrome. C'est ce qui rend la vidéo immersive — et le verre épais.
Route 4 — Holographique.
Microsoft HoloLens. Élément optique holographique (HOE) : le verre contient des couches de photopolymère qui diffractent sélectivement certaines longueurs d'onde vers l'œil. Couleur complète, grand champ, poids d'un casque. Photo : Wikimedia Commons · CC BY-SA 4.0
Le HOE, pour Holographic Optical Element. Un film photopolymère dans le verre est "imprimé" avec un motif holographique qui, exposé à une longueur d'onde précise, renvoie la lumière vers l'œil. Le reste passe à travers. C'est la route la plus précise optiquement — et la plus industrielle. Il faut un studio d'exposition laser, une chaîne de développement chimique, et des tolérances serrées.
C'est ce qui équipe les HoloLens. Le résultat visuel est superbe. Le prix est en milliers. Pour l'instant, c'est une techno d'entreprise, pas de grande série.
Et chez soi, en bricolage ?
Avec un écran OLED de 0.96 pouce (~5 €), une lentille de Fresnel carte de crédit (~2 €), un cube beam-splitter 50/50 trouvé sur AliExpress (~8 €) et un ESP32 (~8 €), on construit un HUD de bureau pour moins de 50 €. L'image est petite, monochrome, et posée devant l'œil avec du pistolet à colle. Ça ressemble à rien. Mais ça affiche du texte en temps réel. Plusieurs projets publics ont déjà documenté ça — Hackaday, Instructables, le bricolage tient.
En pratique
Le bricolage permet de comprendre. Pour un produit portable, il faut passer à la Route 1.
La conclusion pour ce projet.
Le studio part sur la Route 1 — waveguide. Pas par snobisme : c'est la seule qui donne des lunettes qu'on porte. Les autres servent à comprendre pourquoi. Ce qu'on cherche à documenter maintenant, c'est comment l'ajouter à une monture qu'on a déjà, plutôt que d'en acheter une nouvelle.
La suite dans l'article 02 : l'état du marché en 2026, et pourquoi tous les fabricants arrivent au même endroit en même temps.
I asked the question out loud for three weeks before I realised it was four different questions. You don't "project a screen" onto a glass lens: you pick an optical route. Each one forces its own form factor, price, use case. Here is the map, in the order I met them.
TL;DR
Four routes, four lenses, four prices. Nobody does all of them. Everybody picks one.
Route 1 — Micro-projector + waveguide.
A projector the size of a die is tucked into the temple of the frame. It shoots the image into the lens, which is in fact a waveguide: a slab of flat glass with diffractive gratings etched inside. Light bounces off the internal faces, travels horizontally to the eye, then exits in front of the pupil. The lens stays clear. You see the world, with text layered on top.
This is the route behind Meta Ray-Ban Display, Even Realities G1, Google Glass Enterprise. The most expensive to manufacture (nanometer-scale etching), but the only one that produces glasses that actually look like glasses.
Route 2 — Micro-OLED + prism.
Google Glass, 2013–2015. A plastic prism above the right eye reflects the image of a micro-display hidden in the temple. The first mainstream attempt at a wearable HUD. Photo: D. Leveille · Wikimedia Commons · CC BY-SA 3.0
The historical and simplest version. A micro-OLED of a few millimetres sits in the temple; a small translucent prism above the eye reflects the image toward the pupil. The prism sticks out — you can see it, it catches the light. That's the visual signature of Google Glass, and it's the cost of cheap manufacturing.
Technically it works. Socially it never landed. People did not like the bit that sticks out above the eye. A lesson the whole industry learned.
Route 3 — BirdBath.
Nreal Light (now Xreal). BirdBath optics: a micro-OLED projects onto a 45° beam-splitter and a concave mirror. Wide field of view, sharp image, tinted and thick lenses. Great for watching a film or a handheld console; less great for running errands. Photo: Wikimedia Commons · CC BY-SA 4.0
An RGB micro-OLED at the top of the frame, a 45° beam-splitter, a concave mirror facing the eye. The light falls down, hits the splitter, bounces into the mirror, travels back to the pupil. The concave mirror collimates the image — it looks "far," like a TV two metres away.
That's what Xreal Air, RayNeo Air, TCL NXTWEAR use. The physics is easy, the components are standard, colour is accurate. In exchange the lens is thick, often tinted, and the frame has the silhouette of a mask. These are glasses you sit down with.
40°
Typical field of view for BirdBath. Versus ~25° for a monochrome waveguide. That's what makes video immersive — and the lens thick.
Route 4 — Holographic.
Microsoft HoloLens. Holographic Optical Element (HOE): the lens contains photopolymer layers that diffract specific wavelengths toward the eye. Full colour, wide FOV, headset-class weight. Photo: Wikimedia Commons · CC BY-SA 4.0
The HOE — Holographic Optical Element. A photopolymer film inside the lens is "printed" with a holographic pattern that, when hit by a precise wavelength, reflects light toward the eye. Everything else passes through. Optically the most precise route — and the most industrial. You need a laser exposure studio, a chemical development line, and tight tolerances.
That's what HoloLens uses. The visual result is stunning. The price is in the thousands. For now it stays in enterprise, not in mass retail.
And at home, DIY?
With a 0.96-inch OLED screen (~€5), a credit-card-sized Fresnel lens (~€2), a 50/50 beam-splitter cube from AliExpress (~€8) and an ESP32 (~€8), you can build a desk-top HUD for under €50. The image is small, monochrome, glued in front of the eye with a hot-glue gun. It looks like nothing. But it displays text in real time. Public projects have documented this for years — Hackaday, Instructables, the hack holds.
Reality check
DIY teaches you the optics. For something you can actually wear outside, you have to switch to Route 1.
The conclusion for this project.
The studio will go with Route 1 — waveguide. Not out of snobbery: it's the only one that produces glasses people actually wear. The others are there to teach you why. What we want to document from here on is how to add that waveguide to a frame you already own, rather than selling you a new one.
Next in article 02: the state of the market in 2026, and why every vendor is converging on the same point at the same time.